C’est cacher qui rend vulnérable
Longtemps, j’ai cru que pour me protéger il fallait cacher ce qui était fragile en moi. Même à ma partenaire. En réalité c’est le fait de cacher quelque chose en moi qui me rend vulnérable.
Achille n’était pas le héros grecque doté d’une adresse extraordinaire comme le raconte certains films. Dans la mythologie grecque, sa mère l’avait plongé dans le fleuve de la mort, le Styx. Au contact de l’eau, la peau d’Achille s’est renforcée telle une cuirasse infranchissable. Toute sa peau ? Non, car il restait un endroit qui n’a pas été touché par l’eau : les talons par lesquels sa mère le tenait en le trempant dans la rivière magique.
Comme par hasard, c’est à cause de ses talons qu’Achille mourut, blessé par une flèche au seul endroit vulnérable de son corps.
Siegfried est un héros de la mythologie germanique. Il avait réussi a tué un dragon. En se baignant dans le sang de l’animal, il recouvrit sa peau d’une armure impénétrable. Toute sa peau ? Non, car une feuille était tombée sur son épaule et s’y colla au moment où il plongea dans le sang de la bête. Bien sûr, c’est à l’épaule qu’il fut blessé à mort par une lance ennemie.
Personnellement, je crois au pouvoir de l’amour. J’ai l’expérience qu’il guérit des blessures, rend plus fort et plus solide. Comme l’eau du Styx. Comme le sang du dragon. Mais faut-il encore avoir le courage de montrer son talon, son épaule. Laisser l’autre voir ma vulnérabilité.
Ce que j’avais caché au monde depuis des années parce que c’était trop sensible, trop fragile, trop douloureux peut-être aujourd’hui je pourrais te le montrer. Te laisser voir cette meurtrissure pour que ton regard aimant, rempli de compassion la soigne, la cicatrise. Oui, j’ai très peur. Tant de souvenirs reviennent. Certains très nets, d’autres flous mais les émotions sont bien là. Je respire. Je prends le temps. Je me lance et t’ouvre vraiment mon coeur pour que tu puisses voir les blessures profondes.
Tous les partenaires ne sont pas forcément digne de votre confiance. Mais si vous en trouvez une à la hauteur, ça vaut peut-être le coup de tenter l’expérience. Même et surtout si c’est par elle que vous avez été blessé. C’est ce que j’aurai pu faire, il y a des années, si j’avais compris cela avant.
L’amour c’est la guérison. La lumière c’est la vérité. Ils ne peuvent transformer que ce qu’ils illuminent de nous. A nous d’oser de nous y exposer. Imaginons qu’Achille ait eu aussi les talons trempés dans le Styx, que Siegfried se soit retrempé dans le sang du dragon après avoir retiré la feuille. Ils seraient devenus invincibles, indestructibles.
Une confidence de vous à moi, quelque part je me sens invincible. J’ai eu la grâce de rencontrer de telles partenaires, de vraies Reines, avec qui j’ai osé me dévoiler entièrement. De l’extérieur, c’est tout pareil. Je pourrais tomber malade, perdre un bras, avoir un accident. Je stresse encore pour des problèmes matériels et je suis contrarié par ce qui se passe. Je panique, me mets en colère. Mais quelque chose a changé. Au fond de moi, je sais que je suis invulnérable parce que j’ai réussi à montrer ma vulnérabilité.
Ca me rappelle une randonnée dans la forêt de Brocéliande.
C’était la nuit, je marchais seul sur une route droite mais l’épaisse feuillage des arbres m’empêchait de voir le ciel. Un vrai tunnel. Un silence total. C’était si noire que je ne voyais même pas mes mains et encore moins le sol et mes pieds. La première fois de ma vie que je vivais une telle expérience. La seule chose que je pouvais voir c’était un point lumineux qui indiquait la fin du tunnel d’arbres. Il n’y avait personne, aucune voiture. On se serait cru seul, l’unique survivant au monde après l’apocalypse.
Ce point de lumière n’éclairait pas le bitume sous mes pieds. Je marchais avec prudence parce que je pouvais me cogner sur une grosse branche tombée en travers ou trébucher dans un nid de poule. Mais ce point de lumière, même s’il n’éclairait rien de la route a éclairée ma confiance, ma sécurité, ma joie. J’avais peur mais une partie de moi était en grande sereine grâce à ce petit point de lumière.
Ah oui, j’avais oublié de vous raconter la fin de Siegfried. L’ennemi de Siegfried sachant qu’il avait un point faible mais ne savait pas où suggéra à l’épouse de Siegfried de renforcer la veste de son mari à l’endroit où celui-ci était vulnérable. C’est comme ça que le traître a découvert où planter sa lance.
Souvent, c’est en voulant cacher sa vulnérabilité qu’on se rend vulnérable.
Parfois, c’est en acceptant de montrer sa vulnérabilité à l’amour des bonnes personnes, qu’on peut se rendre invincible.