Comment j’ai su que j’avais besoin de lunettes ?

Par hasard. A moins d’avoir une baisse subite de la vue, nous ne nous rendons pas compte que notre vue a baissée. C’est fortuitement, qu’un jour lors d’un contrôle que j’ai pris conscience que ma vision pouvait être améliorée par des lunettes. Dans la vie générale, ce n’était pas flagrant mais devant les images de test de l’ophtalmologue, c’était sans appel.

Pendant de années, je me sentais assez à l’aise dans ma sexualité. J’ai eu la chance d’avoir des partenaires assez libres et ouvertes. Si on m’avait demandé si je me sentais bloqué dans ma sexualité, j’aurais répondu que non. Je n’étais pas complètement satisfait mais pour moi, ce n’était pas grande chose. J’aurais dit 1% d’insatisfaction pour 99% de satisfaction. C’est après avoir évolué dans ma sexualité que je me suis rendu compte à quel point j’avais des blocages.

De la même manière, c’est en portant des lunettes pour avoir une vision nette qu’on se rend compte qu’on croyait voir clairement mais que ce n’était nullement le cas.

Voici comment je me suis rendu compte que je n’étais pas du tout aussi détendu que je ne le croyais. Il y a une pratique pour développer la connexion avec sa partenaire qui est de parler pendant qu’on fait l’amour. Jusque là, je croyais que je ne parlais pas pendant l’acte parce que je n’en avais pas besoin, pour être plus concentré et mieux en profiter. C’est durant les premières fois que j’ai voulu formuler des phrases pour partager un questionnement ou un sentiment que j’ai vu à quel point cela était dur. J’avais les mots dans la tête.

La phrase complète même. Elle restait dans la gorge. Elle se roulait en boule dans la gorge et ne voulait pas sortir. Même lorsque j’ai arrêté le coït et dit à ma partenaire que je voulais lui partager mes émotions, c’était très très difficile. C’est là que j’ai compris qu’il y a beaucoup de choses que je ne fais pas pendant le sexe, pas parce que ça n’avait pas lieu d’être mais parce que je ne m’autorisais pas à le faire.

Voilà pourquoi j’ai élaboré ce simple test simple pour que chacun puisse se rendre compte par lui même à quel point il se retient, à quel point il brime son élan. A cause du conditionnement, à cause de ce qu’on a cru devoir faire ou ne pas faire pour être un bon amant, pour donner du plaisir, pour recevoir du plaisir.

C’est une analyse sur cinq axes : la légèreté, l’intimité, la puissance, le sauvage et le subtil. Commençons par la légèreté. Cherchez des moments dans votre vie privée ou professionnelle, seul ou avec d’autres personnes où vous avez senti une grande légèreté. Par exemple, peut-être que vous avez eu de grands fous rires, ou simplement de grands éclats de rire. La question maintenant, c’est est-ce que vous avez déjà rit en faisant l’amour ? Si non pourquoi ? Est-ce que vous oseriez essayer ?

Je suis sûr que si je demandais cela des passants, la plupart des gens vont donner de grandes explications, de grandes théories sur les raisons pour lesquelles il ne faut pas rire. Primo, il a des femmes, j’en connais au moins une, qui éclatent de rires quand elles ont un orgasme. Secundo, cela m’est déjà arrivé d’avoir un rire aux éclats, d’une voix rauque avec ma partenaire, d’une voix rauque et animale que nous ne nous connaissions pas et ça a été un des plus beaux moments de ma vie sexuelle.

Pour l’intimité, c’est par exemple quand vous vous dévoilez à votre ami, votre thérapeute ou votre prêtre. Vous parlez de choses qui vous touchent, qui vous émeut. Ce partage en mots, est-ce que cela vous est possible pendant le sexe. Lors d’une promenade avec un ami, je peux m’arrêter, regarder mon compagnon dans les yeux et lui parler de ce que j’ai sur le coeur si cela vient. Le lui dire à ce moment là et ne pas attendre la fin de la promenade et me retenant pour ne pas le déranger tout en portant le poids de la solitude.

Est-ce que j’oserai le faire pendant le sexe ? Arrêter le mouvement, revenir au silence, partager une émotion forte qui est venue sur l’instant ? Ne pas attendre la fin de l’orgasme ?

Pour la puissance, c’est la même chose. Idem pour le sauvage et le subtile.

Pour résumer, cela tient en deux questions : Qu’est-ce que vous faites dans la vie quand vous êtes vivants ? De ça, qu’est-ce qu’il en reste quand vous faites l’amour ? Si vous croyez que c’est par choix, essayez de retrouver cette qualité dans la sexualité. Si vous y arrivez facilement, c’est qu’effectivement c’était un choix. Si c’est plus difficile que vous l’avez imaginé, c’est que vous vous êtes retenu sans vous en rendre compte.

Est-ce que pendant que vous faites l’amour vous pouvez rire, pleurer, crier, sangloter, chanter, fredonner, murmurer, sourire, empoigner de toute vos forces ?

Mon invitation n’est pas que vous développiez une sexualité supra-multi-poly-orgasmique cosmique. C’est simplement de vous autoriser à être pleinement vous dans la sexualité. Mais totalement, sans retenu, dans toutes vos dimensions. Si vous croyez que ce n’est pas possible, je suis là pour témoigner que ça l’est et que vous y avez droit. Si croyez que cela est possible, je suis là pour vous soutenir et vous encourager dans votre démarche.

Une fois que j’ai pu être vraiment moi-même dans la sexualité, je me suis désintéressé d’une sexualité supra-multi etc etc orgasme. Cela vient mais devient secondaire. C’est une conséquence d’une sexualité heureuse et non un moyen pour y parvenir.