Courir avec des béquilles
Quand une personne se blesse gravement à la jambe, on va lui donner des béquilles pour économiser l’usage de la jambe pour qu’elle puisse se rétablir.
Au bout d’un certain temps, le médecin lui dit de faire des exercices et de marcher sans béquilles. Le blessé obéit, fait ses exercices et guérit.
Maintenant, supposons que personne ne dit au blessé qu’il faut lâcher progressivement les béquilles, et qu’il est laissé à lui-même et qu’en plus il n’avait jamais entendu parler des exercices de rééducation que va-t’il se passer ? Le blessé a appris à marcher avec ses béquilles. Il se débrouille très bien. Puis, il y a des moments où il a envie d’aller plus vite et se rend compte que les béquilles le gênent. Il essaie alors de laisser de côté les béquilles et c’est là que c’est intéressant.
Quand il essaie de faire quelques pas sans béquilles, ça lui fait mal. Il réessaie, ça lui refait mal. Il fait une pause. Il recommence, et ça lui fait encore mal. Là, un esprit sain, et une personne non masochiste se dit qu’il faut arrêter d’essayer de marcher sans béquilles. Il faut absolument garder les béquilles … et courir avec.
Courir avec des béquilles.
Krishnamurti disait que “Ce qui nous a aidé deviendra notre entrave.”
C’est une invitation à la vigilance sur notre fonctionnement. Quelque soit la stratégie qui nous a aidé par le passé, cela deviendra une entrave si on le garde tout le temps et si on y a recours systématiquement pour résoudre nos problèmes.
Dans le monde du développement personnel/spirituel comme ailleurs. L’exemple qui me vient en tête, c’est “chercher à comprendre”. Chercher à savoir pourquoi, d’où ça vient. Pour un certain nombre d’entre nous, c’est une approche que nous avons rencontré sur notre route et qui nous a beaucoup aidé. Mais chercher à comprendre à tout prix, chercher des explications dès qu’on est bouleversé, chercher la cause profonde aux événements deviendra une entrave à la légèreté un moment où à un autre.
Il y a bien sûr plein d’autres exemples. Par exemple, l’outil ou l’approche qui me plaît le plus et qui m’a le plus aidé. Dans mon cerveau, j’ai associé “cette approche = béquilles = solution miracle”.
Et même si j’arrive à ne plus utiliser les béquilles pour marcher sans, j’aurai encore tendance à les garder auprès de moi. Dans mon sac à dos. Et je courrai encore avec des béquilles … même si elles sont dans le dos.,