Des conflits, des ponts et de l’amour

On parle des conflits quand des intérêts s’opposent ou quand il y a lutte pour un territoire. Avec les autres, la plupart des conflits sont des conflits d’opinion, de point de vue, chacun cherchant à montrer qu’il a raison. Nous croyons qu’il existe un territoire qui s’appelle le Monde que nous voyons, entendons, touchons, comprenons et mieux encore connaissons.

En réalité, ce Monde, je ne le connais pas. Ce que je connais c’est ce que je vois du monde, ce que j’entends, ce que je touche, ce que je perçois et surtout, surtout ce que j’en pense. Mais ma vision du monde est différente de celle de certains hommes daltoniens qui ne voient qu’avec deux couleurs, et différentes des quelques femmes qui voient en quatre couleurs. Pareils pour les autres sens. En fait, ce monde est mon monde. Personnel, intime et impénétrable. Cela signifie aussi que le monde de l’autre est personnel, intime et impénétrable.

A partir du moment où je réalise, où j’intègre ce constat alors je n’ai plus besoin de défendre mon territoire, ma vérité parce qu’ils sont inattaquables. Mon interlocuteur et moi avons deux perceptions du monde. Une chose peut être vraie dans son monde, comme le nord est en haut de la carte, et fausse chez moi. Cela ne remet en cause ni sa vérité, ni la mienne. Ça peut être aussi le mois d’août est en été. Tout ce que la personne connaît c’est son monde, sa perception et son histoire.

Quand je me sens en conflit, je suis sur mes gardes, je défends ma vérité, je défends ma sécurité. De temps en temps, je me rappelle que mon monde est en sécurité, inatteignable par l’autre, je peux me détendre. Je peux reconnaître que mon interlocuteur est en train de me parler de son pays, de son histoire, de son regard, de sa compréhension. Ils ne parlent jamais de moi, de mon expérience, de mon monde. Nos mondes sont tellement différents. Nos pays sont différents.

A ce moment-là, quand je vois clairement que nos pays sont différents, que sa vérité est dans son pays, et ne remet pas en cause la vérité de mon pays, alors je suis plus disposé à faire un pont entre les deux.

Sur ce pont, ce n’est pas la vérité qui voyage mais l’amour.

“Le plus grand ennemi de la connaissance n’est pas l’ignorance mais l’illusion de la connaissance”, Stephen Hawking. Je crois connaître le monde l’autre parce que je crois que c’est le même monde que le mien. Je crois connaître l’autre parce que nous avons beaucoup échangé ensemble … Illusion.

“Juger, c’est de toute évidence ne pas comprendre puisque, si l’on comprenait, on ne pourrait pas juger.” André Malraux. Quand le conflit vient, c’est que mon juge intérieur se met en route. Alors plutôt que de condamner et de dire que l’autre a tort, je peux essayer de mieux le comprendre.

Pour terminer, deux citations de Thich Nhat Hanh, que vous ne trouverez pas sur internet parce que ce n’est pas dans ses livres mais sur des affichettes dans son centre le village des Pruniers : “Écoute à nouveau pour comprendre” et “Regarder profondément pour aimer”

Sur ce pont, ce n’est pas la vérité qui voyage mais l’amour.