Des larmes comme des bulles, des larmes comme des cailloux

Parfois on pleure après avoir eu une relation sexuelle. De ce que j’ai observé pour mes partenaires et moi, il y a deux types de larmes après le sexe. Les larmes petits cailloux et les larmes bulles. Je parle des larmes après l’amour. Quelques minutes ou dizaines de minutes après. Je ne parle pas des larmes d’émotion qui arrivent pendant l’acte.

Les larmes petits cailloux, c’est lorsque j’ai manqué d’authenticité, j’ai manqué de connexion. Je n’ai pas partagé certaines pensées, peurs ou désirs. J’ai en quelque sorte utilisé l’autre pour mon plaisir, pour me remplir d’attention, pour satisfaire mes besoins physiques et affectifs. Ou alors je me suis senti utilisé.

Même s’il y a de l’amour, même s’il y a du respect, même s’il y a un orgasme. C’était que je n’étais pas vraiment moi. C’était que je n’étais pas vraiment avec l’autre non plus. J’ai fait l’amour avec un masque. J’ai accepté que ma partenaire porte un masque. Nous avons un peu fait semblant l’un et l’autre.

Evidemment, sur le moment, je ne le savais pas. Je ne voyais pas mon manque d’authenticité, d’honnêteté et de partage. Il y avait un déni. Au final, un sentiment de dégoût de soi, d’avoir abusé l’autre, d’avoir été abusé, d’avoir fait semblant à plusieurs moments … et j’avais l’impression d’être un petit caillou qui coule, coule, coule au fond du lac pour me perdre dans les obscures abîmes.

Les larmes bulles, c’est complètement le contraire. Nous avons fait l’amour en étant authentique, en partageant nos peurs, nos désirs, nos pensées érotiques ou loufoques. Il n’y avait pas d’objectif sinon que celui de profiter du moment avec l’autre, du temps qui passe en sa présence, avec son coeur, son corps, son sexe, son âme. Il peut ne pas y avoir d’orgasme, cela n’importe. C’est la joie qui est là, présente. C’est le sentiment de vraiment se sentir aimé, accueilli et honoré. Un moment de pure présence et d’ouverture du cœur.

Une ouverture telle qui amenuise les défenses. Alors ce qui a été refoulé il y a 5 ans, 10 ans voire 20 ans peut remonter à la surface. Des traumas, des abus physiques ou psychologiques, réels ou imaginaires peuvent enfin être accueillis dans la conscience. Ce n’est pas agréable. On peut pleurer. On peut crier. On peut se mettre en boule. Mais ça fait partie du processus de deuil. C’est nécessaire à la libération ou plutôt à l’intégration.

C’est une bulle enfermée dans le fond du lac qui remonte à la surface et qui laissera quelque temps après notre cœur plus ouvert, notre corps plus léger et notre âme grandie.

Tout ce que je partage est un point de vue personnel et subjectif complètement assumé. Ce que je propose ici, c’est de partager mon vécu, mon intimité. Ce n’est pas tant que ma vie et mes expériences soient passionnantes mais pour moi ce qui importe le plus dans la sexualité sensible c’est l’intimité. Pour vivre cette intimité, il faut enlever son masque. Ici, j’enlève mon masque pour vous montrer l’exemple, vous dire que c’est possible, que c’est utile et même indispensable à une sexualité authentique.