La carnet noir des reproches

Dans une relation en général, et encore plus dans une relation amoureuse, on a un carnet noir. C’est un carnet noir, c’est un carnet, dans ma tête, dans lequel je vais noter les reproches que je fais à partenaire que je n’exprime pas. Comme je suis quelqu’un de bien, de gentil, je ne lui dirai pas que j’ai un carnet comme ça.

Moi-même, d’ailleurs, je ne savais pas que j’avais un tel carnet … jusqu’au moment où elle me fait un reproche, au moment où je suis excédé, où elle me quitte et là je me rappelle tout d’un coup toutes ces reproches : “Et ça que j’ai fait pour toi ! Et ceci que j’ai enduré sans rien dire ! Et cela que je t’ai donné !”

La vérité n’est pas toujours facile à dire. C’est vrai. Mais je prends conscience que la vérité, quand c’est un reproche, un grief, une contrariété, quand je ne le dis pas je l’écris dans mon carnet noire. Puis un jour, une goutte d’eau fait déborder le vase. Mon carnet est saturé alors je balance tout. La pauvre, elle n’y comprend rien. D’ailleurs, je me surprends à être autant en colère de manière disproportionnée. Moi qui ai tant fait de travail sur moi déjà ! Merdum.

Regarde les disputes des couples qui se séparent dans la violence. Ils vident leur carnet noir l’un sur l’autre comme s’ils vidaient une poubelle sur la tête. Tant de colère, tant de haine, tant de frustrations refoulées.

Ce carnet noire, c’est le poison de la sexualité sensible. C’est pour ça qu’on est plus à l’aise, excité parfois avec un nouveau partenaire. Ce n’est pas forcément plus beau mais c’est plus neuf. Il y a moins de choses dans le carnet noir le concernant.

Se rendre compte que le carnet existe. Faire au mieux pour écrire le moins de choses possibles. Faire au mieux pour vider ce qu’il y a dedans en l’exprimant, ce qui sera probablement difficile, si possible dans un cadre sécurisant pour les deux.

On dit que “Ce qui ne s’exprime pas s’imprime”. Je dirais plutôt : “Ce qui ne s’exprime pas, s’imprime dans le livre noir … et s’exprima quand même plus tard”

Si jamais je me surprends à lui balancer le contenu du carnet, en le disant ou simplement en pensée, je peux regarder ce moment comme un moment de vérité de mon manque d’authenticité. Pas de reproche, pas de regret … simplement voir. Voir l’ombre c’est déjà se rapprocher de la clarté. Voir mes manquements et les accueillir c’est développer la compassion.