La princesse au petit pois

C’est un conte d’Andersen pas très connu. Quand j’ai entendu l’histoire la première fois, j’ai trouvé sa morale lamentable. C’était l’apologie de la fragilité de cette princesse, faible, sans défense mais surtout douillette.

Dans un pays, un prince cherche une princesse à épouser. Il reçoit plusieurs prétendantes qui ne trouvent pas grâce à ses yeux. Un jour, arrive une jeune femme en guenilles qui dit être princesse d’un pays lointain et s’est fait attaquée par des bandits sur la route. Ils ont volé ses vêtements et effrayé ses serviteurs qui se sont enfuis de peur d’être tués. Elle plaît au prince mais la reine mère est soupçonneuse et veut vérifier que cette demoiselle est bien une vraie princesse. Elle doit avoir l’habitude du luxe et du raffinement.

La reine installe la jeune fille dans une chambre avec un lit sur lequel sont empilés sept matelas. Le lendemain, la reine demande si la jeune fille a bien dormi. Cette dernière répond qu’elle a passé une nuit épouvantable. Elle s’est retournée toute la nuit et son dos est complètement indolore parce que le lit était trop inconfortable. La reine, qui avait caché un petit pois sous les matelas pour tester, sait maintenant que la jeune fille est une vraie princesse et donne son accord pour le mariage.

Pendant des années, je n’étais pas satisfait de ma sexualité. C’était bien, plaisant mais il y avait toujours un petit quelque chose qui n’allait pas. Le premier réflexe que j’ai eu c’était de chercher plus de plaisirs, des expériences nouvelles, d’autres partenaires. A chaque fois c’était mieux mais c’était insuffisant. Ca revenait à rajouter un matelas en espérant que ça devienne parfait. Si ça ne suffit pas, j’en ajoute encore un autre, puis un autre et un de plus.

Un jour, je finis par me décourager. J’en avais marre de chercher un nouveau matelas à mettre sur le tas. Je ne voulais plus être dans la démarche d’encore une expérience, une nouvelle position sexuelle, un endroit à tester. J’étais fatigué. J’étais désespéré. Tellement désespéré que j’ai accepté une nouvelle hypothèse à priori complètement farfelue. Il fallait faire autre chose que d’empiler des matelas, arrêter de regarder dehors. Peut-être que le problème venait de moi. Peut-être. Je n’en étais pas sûr mais je n’avais pas d’autre piste.

Je me suis écouté. Je me suis étudié. J’ai observé mes pensées, mes peurs, mes envies, mes attentes. J’ai vu que je n’avais jamais été totalement honnête avec mes partenaires. Il y avait toujours un petit quelque chose que je cachais, un mensonge par omission. Je n’étais pas authentique.

Ça a pris un certain temps pour devenir vraiment authentique dans la sexualité. Ça a pris de l’énergie aussi. Un jour j’ai réussi. Réussir à faire l’amour sans masque. Sans le plus petit masque. C’est là que j’ai compris qu’il y avait un petit pois depuis toujours sur mon sol. En dessous de cette pile de matelas, il y avait un petit pois. C’était mon masque. Le masque était mon petit pois. Le masque était d’un très grand poids.

Depuis, un seul matelas me suffit amplement. Je n’ai plus besoin de grands orgasmes, de nouveautés etc. Tout est bien à chaque fois. Pleinement satisfaisant. Profondément joyeux. Totalement nourrissant. Mais phénomène étrange, c’est que depuis que je ne cherche plus ça n’arrête pas d’arriver ! Des expériences merveilleuses.

Maintenant, je comprends mieux ce petit pois. C’est une petite voix qui me murmurait : “Mon ami, ce n’est pas ça. Tu mérites mieux.” ou “Mon ami, tu n’es pas encore arrivé. Il y a du grandiose pour toi.” En définitive ce que cette voix a toujours répété, et que j’entends distinctement aujourd’hui, c’était : “Mon ami, tu mérites le grand luxe. Tu connais le raffinement. C’est ta nature que de vivre le merveilleux. Continue et tu trouveras. Cela t’est destiné parce que tu es une vraie princesse.”

D’ailleurs le second titre du conte c’est La Princesse sur le pois ou La Vraie Princesse.

Aujourd’hui, il se pourrait que je sois devenu un petit pois. Oui, maintenant je suis un petit pois.

Ton petit pois. Peut-être, mon ami que je suis ton petit pois.

Alors laisse moi te dire ceci :

Mon amie, tu es une vraie princesse. Mon ami, tu es un vrai prince.