La vision profonde : boire le nuage dans la tasse; une sexualité extra-alpha.
Un de mes précieux enseignants, Thich Nhat Hanh, maître du bouddhisme zen vietnamien, qui était à l’origine des pratiques de pleine conscience inspirant le MBSR, parlait aussi beaucoup de vision profonde. Beaucoup moins connu que la pleine conscience qui est à l’origine du mindfulness et du MBSR (et non le contraire comme le dit wikipedia), la vision profonde est pourtant un outil magnifique et d’une efficacité extraordinaire quand il s’agit de percevoir l’amour.
L’exemple la plus parlante de la pratique de la vision est celle de la dégustation du thé. On peut boire le thé juste pour se désaltérer, pour ne plus avoir soif. On peut aussi boire le thé en pleine conscience en portant notre attention sur les sensations en bouche : la chaleur, l’amertume, les autres saveurs, les différentes notes de parfum. On peut aussi boire ce thé avec la vision profonde. Thich Nhat Hanh utilisait l’expression boire un nuage dans sa tasse. Oui, dans le thé il y a de l’eau.
Cette eau avant d’arriver dans la tasse a parcouru toute une tuyauterie. Avant encore, elle était rivière, source. Avant encore, elle était nuage. Avant encore elle était sous une autre forme sur terre. Peut-être dans une fleur, un animal, un ancêtre, un dinosaure. En tout cas, cette eau dans ma tasse a une histoire, un vécu. Sincèrement, je ne connais pas son histoire. Mais si je suis vraiment honnête, je dois reconnaître qu’elle a traversé le temps, qu’elle est tellement plus que ce que je perçois dans l’instant.
Le goût de ce thé, d’où vient-il. De la feuille de thé bien sûr. Une feuille de thé qui a reçu de la pluie, du soleil, du vent. Une feuille de thé ramasser par une personne, qui l’a séchée, mise dans un sac. La feuille a fait un long voyage pour venir en France. Ensuite un chauffeur l’a transporté jusqu’au magasin. Toutes ces personnes ont travaillé pour nous, pour que nous puissions mettre ce thé dans cette tasse.
Dans ce cas, que buvons-nous vraiment ?
Alors qui est cette amante en face de moi ? Elle a une histoire. Elle a hérité de ces ancêtres. Elle vient d’une lignée de plusieurs millénaires d’êtres humains qui ont vécu, ont fait l’amour, on traversé des guerres, des maladies, des échecs, des réussites, le déshonneur et la gloire. Cette amante devant moi a une enfance, une adolescence, une vie adulte, ses joies, ses peurs, ses blessures, ses victoires, sa maturité, ses espoirs, ses amours avant moi, ses désirs, ses fantasmes, ses attentes.
Mille ans ne suffiront pas pour la décrire dans sa totalité. Ce n’est pas de la poésie. C’est la réalité. La réalité est poétique. La réalité est grandiose.
Pendant longtemps, je l’ignorais. Ensuite, je l’ai souvent oublié. Maintenant, de temps en temps, je m’en rappelle.
Je ne bois pas du tout de la même façon du thé pour étancher la soif, en ressentant toutes les sensations ou en me rappelant que je suis en train de boire un nuage, du soleil, du vent et du travail des hommes.
On ne fait pas du tout l’amour de la même façon parce qu’on a des envies, par amour de l’autre ou par amour de la vie. Faire l’amour à un corps, faire l’amour à un être ou faire l’amour à la vie à travers cet être.
Duy DANG
20.11.2020
PS : Ces états de sexualité particulière, je les appelle “extra-alpha”, avec “extra” qui veut dire en dehors, comme extraordinaire, extraire, extraverti et “alpha” qui veut dire premier comme les mâles et femelles-alpha. En dehors de toute domination psychologique (on peut avoir des jeux de domination physique, mais c’est un jeu, c’est léger). Pas de recherche de performance. On est loin de la performance, de la rivalité avec les autres.
Un grand joueur d’échecs ne cherche pas à gagner mais à donner le meilleur de lui-même pour vivre une belle partie. Pas de manipulation de l’autre comme lui faire donner du plaisir de peur qu’il aille voir ailleurs. Pas de demandes, pas d’attente. Ou au moins j’en suis conscient et j’essaie de les gérer en amont pour être vraiment disponible à ce moment merveilleux.