Le coït sans sexe

Ce titre est un hommage à “La vision sans tête” de Douglas Harding, une de mes grandes sources d’inspiration. Un tout petit livre qui a été une gifle sur la joue de mes certitudes. Pourquoi une vision sans tête ? Parce que vous n’avez pas de tête.

Regardons ce que signifie le mot “tête” pour vous. Comment savez-vous si ce truc est une tête ou non ? Oui, posons-nous la question, comment savoir si un truc est une tête ou non. Si on peut le voir, il doit avoir une forme un peu près ronde. Il y a deux autres ronds à un tiers de la hauteur pour des yeux, une forme qui avance pour le nez. Un truc en bas qui peut se fermer et s’ouvrir qu’on appelle une bouche.

Est-ce que tu as déjà vu la tête de ton partenaire ? Est-ce que tu as déjà vu la tête de ton père ? Est-ce que tu as déjà vu la tête de ta mère ? Est-ce que tu as déjà vu ta tête ?

Les bonnes réponses sont : “sûrement oui”, “sûrement oui”, “sûrement oui” et “non, jamais”.

Non, tu n’as jamais vu ta tête. Tu as cru que c’était ta tête mais cela ne l’a jamais été. Ce que tu as vu, c’était l’image de ta tête sur la photo, sur l’écran ou le reflet dans le miroir. Mais ce n’était pas ta tête. Tu continues à dire que ce qu’il y a dans le miroir et ta tête c’est la même chose ? Qu’est-ce qui se passe si on lance un verre d’eau sur ton reflet ? Ça serait pareil que si on le lance sur ta tête ?

Imagine que tu sois avec un ami et ton partenaire. Tu vois la tête de ton partenaire. Tu vois la tête de ton ami. Tu vois la tête de ton ami, le truc rond décrit plus haut. Tu vois la tête de ton partenaire le truc rond décrit plus haut. Tu ne vois pas ta tête. Maintenant, on met un chapeau sur la tête de ton ami. Ce que tu vis, ton expérience c’est que tu vois le truc rond avec un chapeau. On met un chapeau sur la tête de ton partenaire, tu vois l’autre truc rond avec un chapeau.

Les ronds sont différents mais ton expérience sera à peu près pareil. Pour finir, un met un chapeau sur ta tête. Quelle sera ton expérience ? Totalement différente des deux premières. Complètement différent.

Si j’étais dans la pièce aussi, le chapeau sur la tête de ton ami, sur la tête de ton partenaire et sur ta tête seront des expériences similaires. Donc que j’utilise le même mot “tête” pour décrire la même chose c’est normal. Les mots désignent des choses avec des caractéristiques communes mêmes si ces choses sont différentes : “fleur”, “arbre”, “chemise”. Donc moi je vois ta tête, la tête de ton ami et la tête de ton partenaire. Que je dise que tu as une tête, c’est normal de mon point de vue. Mais ton expérience est totalement différente.

Sans aucune commune mesure. Donc le fait que tu utilises le mot “tête”, en disant que tu as une “tête” c’est que tu t’es placé de mon point de vue. Et c’est normal quand on veut communiquer avec les gens, on utilise les mots qui ont du sens pour eux, qu’ils comprennent. Mais dans l’intimité, de toi à toi, dans ton espace intérieur, tu n’es pas obligé.

Même plus, si tu utilises le même mot que les autres, le mot “tête”, alors que ça signifie autre chose pour toi, c’est que tu as pris leur point de vue. Tu as pris leur expérience. C’est surtout que tu as perdu ton point de vue. C’est que tu t’es éloigné de ton expérience. En fait, tu n’es plus à ta place. Tu n’es plus dans ton centre.

De la même façon, dans un coït, si tu crois que tu as un sexe c’est que tu es dans ton mental, tu fais référence à la mémoire, à ce que tu sais, ce qu’on t’a dit, à ce que tu imagines mais tu n’es pas dans ton ressenti. On ne peut pas ressentir et penser à la fois. Il n’y a qu’une seule “activité” à un instant. Même si la conscience peut aller très vite entre deux perceptions, elle ne fait qu’une seule chose à la fois.

Le réel c’est le présent. C’est maintenant, c’est le ressenti de l’instant. C’est magnifique mais ça fait peur. Moi j’en ai peur. Peur d’être avec moi-même. Peut-être que je suis le seul à ne pas avoir de tête. J’ai quelque chose que les autres appellent tête mais mon expérience est unique. Ce n’est pas la leur. Je ne devrais pas utiliser le même mot.

Je peux mettre des mots sur mon ressenti mais en réalité je ne pourrai jamais vraiment partager ce ressenti. Les mots ne sont pas la réalité. Mon ressenti est trop intime, trop près de moi pour le partager. J’ai peur parce dans cet espace, je suis seul. J’y suis seul. C’est la solitude. Mais voilà, il y a une différence avec la solitude-souffrance. La solitude-souffrance est toujours liée au mental. La solitude ressentie dans mon espace intérieur est pleine. Plein de moi. Pleine de ma présence.

Quand je me donne l’opportunité de visiter, d’accueillir cet espace, où je n’ai pas de tête mais un ressenti, où je n’ai pas de sexe mais un ressenti, alors c’est vraiment une grande joie et une grande plénitude. Et quand ma partenaire aussi s’abandonne à son espace intérieur, à sa solitude intime, à sa solitude divine, c’est là que nous nous rencontrons vraiment, réellement. Cela n’arrive pas à chaque fois que je fais l’amour. Mais de temps en temps, ça arrive. A ce moment-là, je comprends pourquoi je fais l’amour.

Ma partenaire n’est pas là-bas. Elle est ici. Elle est en moi.

Une fois, après l’amour, j’ai ressenti l’énergie de ma partenaire vibrer en moi toute la journée alors que j’étais revenu chez moi. Même pendant la nuit de sommeil. Même au réveil le lendemain.

En définitive, je fais l’amour pour rencontrer l’autre à l’intérieur de moi.