Le consentement : une mauvaise question.

La question du consentement est souvent posée quand on parle des relations sexuelles et du respect des femmes. Personnellement, je n’ai jamais demandé et ne demanderai jamais à une femme si elle consent à faire l’amour avec moi.

Quand on regarde la définition du mot consentement, on trouve “Acquiescement donné à un projet ; décision de ne pas s’y opposer”. Une femme qui donne son consentement signifie qu’elle n’est pas contre. Ne pas être contre ne veut pas dire qu’on a l’élan pour le faire. Consentir veut dire être d’accord. Je suis d’accord pour payer des amendes mais ça ne veut pas dire que j’éprouve une joie à le faire. Ne pas être contre ne veut pas dire pour.

Ceux qui l’interprètent ainsi, du type qui ne dit mot consent, veulent profiter d’un flou ou d’une absence de réponse à leur avantage. “Si elle ne dit pas non, c’est que c’est oui”. C’est nier l’échelle des désirs. Il peut y avoir un désir ou non-désir, du neutre qui soit ni oui ni non, du “je ne sais pas”, etc

Se poser la question du consentement, du non refus, c’est mettre le “je ne sais pas” automatiquement dans la case du oui. C’est profiter du flou qu’une personne a peut être à un moment donné pour en tirer avantage. C’est jouer sur l’implicite et l’interpréter. Tout ceci va dans le sens d’une société patriarcale qui nie le désir féminin. Ca part du principe que le désir féminin découle du désir masculin. De la dynamique “l’homme propose et la femme dispose”.

Mais ce n’est pas parce que la femme ne propose pas pas qu’elle n’a pas envie de le faire. Les us et coutumes d’une société ne reflètent pas forcément le fonctionnement interne des individus mais des conventions hérités. La vérité est que les femmes ont du désir, qu’elles sont aussi attirées par des hommes, qu’elles ont envie de sexe sauf qu’elles le manifestent autrement, peut-être de manière moins ostentatoire et peut-être sont plus exigeantes dans leur choix.

Se poser la question du consentement, c’est aussi se focaliser sur le coït : coït ou pas coït, telle est la question. Alors qu’il y a toute une palette de contacts, de caresses, d’échanges, de partages qui sont de l’ordre de l’intimité, de la sexualité. Ce n’est pas blanc ou noir, il y a toute un dégradé de gris plus ou moins foncés, des motifs noirs sur le blanc et des dessins blancs sur du noir.

Utiliser le mot “consentement” au lieu du mot “désir”, c’est comme utiliser le mot “migrant” à la place du mot “réfugié”, c’est mettre le mot “bio” sur des produits au lieu de mettre “avec pesticides” sur les autres. On déplace le problème. On évite d’expliciter les choses. On s’arrange avec sa conscience.

Dans tous les cas, pour une relation qui privilégie le partage d’intimité, il est nécessaire que les deux partenaires aient réellement envie. Je ne demande jamais si une femme consent à faire l’amour avec moi, et si j’avais à demander je lui demanderai si elle a envie de faire l’amour avec moi. Ca serait beaucoup plus exact. La réponse peut être ‘oui’, ‘non’ ou ‘je ne sais pas’. Chaque réponse est juste et doit être considérée sur le moment avec tout ce qui se présente.

Mais en pratique, je ne demande pas. Je m’exprime. Je dis ce dont j’ai envie, je partage mes émotions du moment, mon ressenti de l’instant, mon impulsion, mon désir. J’exprime ce qui est à l’intérieur de moi. Il n’y a pas de question parce qu’une question oblige la réponse. C’est une pression qui arrive. Je ne fais que dire ce qu’il y a en moi. Si ma partenaire a envie de s’exprimer, elle s’exprimera. Si elle n’a pas envie de s’exprimer sur son ressenti, c’est bien aussi.

Parfois, on a besoin de temps pour savoir ce qu’on veut réellement parce que c’est encore flou, parce qu’il y a des envies contradictoires “Je suis excité et j’ai sommeil. Je suis chaud et je suis préoccupé.” Il n’y a pas à se presser. On ne rate rien à ne pas faire l’amour tout de suite. Tout est possible. Tout est disponible. Pour certaines femmes qui ont l’habitude des hommes qui prennent l’initiative du premier baiser, du premier contact, ça peut être perturbant parce que je prends l’initiative de me livrer et pas du contact physique.

Elles sont obligées d’exprimer et d’assumer explicitement leur désir si elles veulent aller plus loin. Cela permet d’être dans une relation d’échange sincère, d’éviter les non-dits et les interprétations.

Une fois que chaque partenaire s’est exprimé sur ses envies, nous regardons ce qui est commun aux deux. Pour que ce qui se fait, fasse vraiment plaisir aux deux en même temps. Sinon, l’un des deux, voire les deux font des efforts pour faire plaisir à l’autre … mais ce n’est pas très bon de faire des efforts en matière de sexualité parce que j’aurai tendance à dire, inconsciemment, que l’autre a une dette envers moi étant donné que j’ai fait un effort pour lui.

Une sexualité heureuse a besoin d’honnêteté, même au prix du conflit, du respect de ses envies et non-envies, même au prix de la frustration de son partenaire.

C’est le prix à payer pour pouvoir vivre pleinement une sexualité légère, intime, puissante, sauvage et subtile.