Sur la fidélité, l’infidélité, le polyamour
C’est un sujet sensible qui peut faire débat, alors je partage ici ma compréhension, mon expérience et ma vision partielle et subjective. Certaines personnes vont expliquer pourquoi elles sont pour ou contre. Être pour ou contre est en fait une forme de défense. L’infidélité de notre partenaire peut réveiller en nous la peur d’être abandonné, délaissé pour un meilleur amant. Je me rappelle la première fois que ma chérie m’a dit qu’elle avait passé la nuit avec un autre homme, ça a été une énorme tempête émotionnelle.
A contrario, le besoin de justifier mon droit d’aller voir ailleurs est aussi une conséquence de la peur. La peur d’être enfermé dans une relation, enchaîné par les attentes de ma partenaire. Pendant des années, j’ai expliqué aux femmes que je rencontrais que l’infidélité, le polyamour était supérieure à la fidélité parce que c’était la preuve qu’on était suffisamment avancé spirituellement pour ne plus s’attaché à l’autre, qu’on avait dépassé la jalousie. Ce qui était complètement faux.
Quand on se calme, se pose, on voit qu’expliquer pourquoi l’un est mieux que l’autre n’a pas de sens. C’est seulement une tentative de justifier un choix par une autorité extérieure, supérieure, celle de la logique, de la morale, de la spiritualité ou de la religion. Il y a des gens qui vont essayer de démontrer qu’ils ont raison en vous donnant des exemples ou contre-exemples, ce qui est la même chose en fait. Les exemples ne démontrent pas une généralité. Les exemples montrent seulement que c’est possible.
Est-ce qu’on a déjà demandé à un enfant pourquoi il préfère le chocolat ou la fraise ou la vanille ? Non ! C’est seulement comme ça. Point barre. Pas de justification. Pas d’explication. A la rigueur, une description du ressenti mais pourquoi l’expliquer. Il y a simplement à constater. Dire que je préfère une relation fidèle, une relation ouverte, vivre en polyamour suffit. Je n’ai pas besoin de me référer à une justification extérieure pour légitimer ma démarche. Je constate que je me sens mieux dans telle ou telle relation. Voilà. C’est moi.
C’est mon droit. C’est mon droit aussi d’être jaloux, d’avoir peur d’être quitté pour un autre. Je sais que c’est une illusion mais j’ai peur. J’ai le droit. Point final. Ou j’ai besoin de me sentir libre vis à vis de ma partenaire d’aller voir ailleurs, parce que je ne veux pas me cacher ou je n’ai pas envie de gérer ses crises de jalousie. C’est aussi mon droit. Re-point final.
Sortir du débat, sortir de la justification et des longues explications c’est déjà un premier pas pour revenir à soi. Parfois, c’est utile d’aller à la rencontre des personnes qui ont tel et tel fonctionnement pour se rassurer qu’on n’est pas fou, bizarre, dépravé ou coincé. Mais seulement pour un temps. Après, il faut revenir à soi.
De quoi ai-je besoin, envie ? Honnêtement, en dehors de tout préjugé moral, religieux, spirituel, conformiste ou anti-conformiste. Qu’est-ce qui me fait peur ou non ? Qu’est-ce que je suis capable de vivre, d’entendre, d’accepter ? Faire le point sur soi. D’ailleurs c’est souvent plus facile de faire ce travail quand on n’est pas dans une relation. C’est pour cela, quand vous êtes célibataire, il faut en profiter pour faire un bilan de vous-même.
Mettre votre énergie pour venir à la rencontre de vous-même avant de mettre votre énergie pour faire une rencontre amoureuse. Si vous êtes en relation, c’est plus difficile mais ça serait quand même très bénéfique de savoir ce que vous voulez, avec quoi vous avez fait des compromis, ce à quoi vous avez peut-être renoncé. Peut-être que vous voulez que votre partenaire reste fidèle mais qu’elle veuille bien que vous ayez d’autres relations ? Si c’est ça, c’est ok aussi. Osez le reconnaître par respect pour vous-même.
L’important c’est d’être à l’écoute de soi. De voir nos désirs, nos envies, nos peurs, nos limites par rapport à la fidélité et à l’infidélité. Ensuite, faire ce qui est juste pour soi. De cette façon, nous aurons moins tendance à vouloir prouver que nous avons raison. Nous n’avons pas raison. Nous n’avons pas tort non plus. En prenant soin de nous même, nous avons moins besoin que l’autre prenne soin de nous. C’est un bon début pour en discuter dans le couple que la relation soit établie ou à venir.
Il n’y a pas de juste, de bien, de mauvais donc rien n’est mieux qu’autre chose. Il y a seulement des personnes qui aiment la fraise et d’autres le chocolat. Des fois, il y a aussi des personnes allergiques à la fraise et d’autres au chocolat. C’est la vie. C’est comme ça.
Le mieux c’est de se respecter soi-même et de respecter l’autre … mais parfois c’est difficile parce que cela signifie remettre en question la relation.