Toucher sans toucher
Ce dont je parle ici n’est pas un absolu de caresse, ce n’est pas ce qu’on doit faire mais quelque chose qu’on peut faire. C’est pour faire découvrir d’autres types de contact.
Ce matin, j’ai vu un groupe de praticiens de Tai Chi au bois de Vincennes. Leurs mouvements étaient très gracieux. Je devine que ces gestes ne se déroulent pas dans le vide mais dans un plein, un plein de ressentis, de sensations, dans un fluide presque palpable pour peu qu’on soit attentif. Imaginez que vous soyez à leur place en train de faire des mouvements lents et posés, avec toute votre attention, tout votre ressenti.
Imaginez maintenant qu’en face de vous, à un pas, se trouve une femme/un homme super sexy, séduisant, charmant et tout et tout. Cette personne fait aussi des mouvements lents, en accord avec les vôtres sans jamais vous toucher, sans même vous effleurer. C’est un ballet entre vos corps. Sa peau reste à distance de la vôtre, 5 à 10 cm, mais il y a du mouvement, de la présence. Quelque chose se passe alors en vous, du désir, de la sensualité, du sublime, le cœur qui palpite, le souffle court. Pas besoin de toucher.
Pas besoin d’être touché pour ressentir le “contact”, la connexion.
Des livres sur les techniques de caresses, j’en ai lu plusieurs. Écrits souvent par des médecins, des sexologues, des professionnels qui décrivent le corps de façon anatomique. Un corps fait de chair et de sang. Ils parlent alors du toucher physiologique. Je vous formule ici une autre compréhension des caresses et du corps. Une expérience de l’écoute profonde du corps. Un corps fait surtout de sensations et de vibrations. Certains parlent d’énergie.
Une observation développée dans mes formations notamment en constellations familiales et tantra du cachemire. L’accent est mis sur l’écoute, sur une attention développée pour savourer complètement chaque moment. C’est un toucher passif, ouvert, accueillant.
Le toucher passif c’est privilégier ce qui vient de l’autre plutôt que ce qui part de moi. Un mouvement d’énergie centripète et non centrifuge. Une grande curiosité pour chaque sensation. C’est préparer le corps à recueillir la subtilité de la sensualité. Quand on retire son chapeau avant d’entrer dans une église, c’est une forme de respect et c’est aussi symboliquement enlever l’obstacle entre le ciel et ma tête pour mieux être touché par le divin qui vient du haut.
Quand un oenologue mange du pain et boit de l’eau avant la dégustation, il nettoie les goûts en bouche, il prépare son palais pour mieux apprécier les nuances du vin. Plus je suis ouvert et à l’écoute plus je ressens le toucher avant le toucher.
Si vous participez à des ateliers de danses libres type les 5 rythmes, ecstatic dance ou même en danse contact, vous verrez peut-être des connexions de ce type. Des danseurs qui sont tellement connectés dans leur ressenti qu’ils n’ont même pas besoin de se toucher pourtant on voit bien qu’il y a une alchimie sensuelle et sexuelle entre eux. Il y a même plus de connexion entre ces danseurs qu’entre des amoureux qui s’embrassent à pleine bouche sur un banc.
Et la bonne nouvelle, c’est qu’on n’est pas obligé de choisir l’un ou l’autre toucher. On peut avoir les deux en même temps mais pas immédiatement. D’abord se centrer, comme retirer son chapeau, comme boire de l’eau et mâcher du pain. D’abord du Tai Chi seul pour se retrouver. Développer l’écoute, rester dans l’attention sans tension, s’ouvrir à chaque seconde. Déployer sa conscience à l’espace, ensuite seulement aller vers l’espace de l’autre pour lentement et doucement arriver au toucher avec toucher.