Une envie vs une demande

Dans beaucoup d’articles sur la sexualité, on nous conseille de bien communiquer avec notre partenaire. A mon avis, ces auteurs ne savent pas de quoi il parle. Ils ont entendu qu’il fallait le faire alors il le répète sans l’avoir essayé. C’est comme si je conseillais à une personne en surpoids de mieux manger. Il faut approfondir le sujet sinon ça ne sert à rien.

Parce que la première chose dont je me suis rendu compte quand j’ai voulu parler de sexualité avec ma partenaire c’est que c’est très difficile. Il y a des choses faciles mais les choses importantes sont souvent difficiles.

Ma grande peur c’était de blesser ma partenaire, surtout quand nous étions en train de faire l’amour. Je voulais la préserver, éviter de créer un malaise. Alors j’ai essayé plusieurs stratégies. Pour aborder le sujet, je commençais par dire “C’était vraiment bien” et je m’arrête avant de continuer avec le “mais j’aurai voulu…” parce que je comprenais que ce n’était pas une bonne introduction et ça allait casser un truc. Des fois je tournais autour du pot sans oser expliciter les choses.

Il y avait ce fantasme en toile de fond que les partenaires devaient bien s’accorder, qu’on n’a pas besoin d’expliquer les choses. Tout doit se passer naturellement. L’autre devait deviner nos envies sans qu’on les lui dise. Ceux sont des croyances de type “Si elle … vraiment … alors elle devrait savoir que…” ou “Si il … alors je n’ai pas besoin de …” et réciproquement. Heureusement les 20 ans de développement personnel et formation en communication ont quand même réussi à donner les outils pour y réussir.

Voici donc mon secret pour mieux communiquer sur la sexualité avec ma partenaire.

Le point le plus important c’est de faire la différence entre une envie et une demande. Par exemple, “caresser le nez” peut être une demande ou une envie. La demande c’est “Caresse-moi le nez s’il te plaît”. L’envie c’est “Pour information, j’ai envie que tu me caresses le nez”. Mais comme le langage est fait aussi pour déguiser la pensée, il peut être diplomatique de déguiser une demande, qui pourrait sembler autoritaire, en l’expression d’une envie, qui paraîtrait plus sympathique.

L’inconvénient de ces habitudes de langage, c’est qu’on ne sait plus quoi est quoi. Une vraie envie peut alors être interprétée comme une demande. C’est là qu’intervient la métacommunication. Nous allons communiquer sur la communication avec une phrase du type : “Je te dis que c’est une envie et c’est vraiment une envie et pas une demande déguisée.”

Ensuite, ce n’est pas parce que je dis que ce n’est pas une demande que ça ne l’est pas. Il faut être honnête, je dois vérifier en mon for intérieur que ce n’est pas une demande. Comment puis- je reconnaître une demande ? Une demande part d’un manque, il y a du négatif dès le départ. C’est un trou dans la terre qu’il faut combler. Une envie part d’une situation neutre pour aller vers du positif. Le terrain est plat, et la motte de terre sert à mettre en hauteur les fleurs. Une demande c’est pour aller du négatif au neutre.

Une envie c’est d’ aller du neutre à un positif. Dans les deux cas, votre partenaire vous donne la même brouette de terre.

Dans la demande, j’utilise cette terre pour remplir un trou dans le jardin. Au départ, mon jardin est moche avec le trou. Je ne veux pas de ce trou, je remplis le trou avec la terre de ma partenaire pour avoir un jardin normal. Dans l’envie, mon jardin est déjà bien. Je suis content de pouvoir en profiter. Je peux le laisser comme ça. La terre apportée par ma partenaire va embellir le jardin, il sera encore mieux.

Quand je vais m’adresser à ma partenaire, elle verra mon jardin, elle comprendra si j’ai un trou et je fais une demande ou si tout va bien et je partage une envie. Alors avant de communiquer, je reviens à moi même, je me centre. Je sais que mon jardin est déjà plat, mais ça c’est dans la tête, j’ai besoin de bien l’intégrer pour pouvoir bien transmettre le message à partir du cœur.

Une autre façon de voir la différence entre demande et envie, c’est de considérer la demande comme quelque chose, l’objet demandé, allant de ma partenaire vers moi. Ça dit quelque chose sur l’autre, ce qu’elle doit faire pour moi, afin que le monde soit parfait. Quand je parle de mon envie, je parle de moi, le monde est déjà parfait. J’exprime quelque chose de moi, c’est un partage, c’est une confidence, j’ouvre et j’offre de mon intimité, c’est un cadeau. Ça va de moi vers ma partenaire.

Avec cette approche, c’est beaucoup plus facile d’exprimer mon ressenti et de communiquer ensemble. Parce qu’une fois que j’ai fait le premier pas en me livrant, en partageant mes envies, en cassant le mythe de “Tu dois tout savoir/deviner sur moi” cela donne l’espace à l’autre de faire la même chose. On passe du mode “Je suis super amant qui sait tout, devine tout et fait tout” à “Je ne suis pas un bon amant, je ne devine rien. Tu es importante pour moi. Notre relation est importante pour moi alors j’ai envie d’améliorer nos ébats sexuels.

Si tu m’expliques comment tu fonctionnes, ça me donnera une chance de te donner encore plus de plaisir et de contentement. ”

L’essentiel est de porter l’énergie et l’attention sur la qualité de la communication, comment je veux être dans l’échange avec toi, et non l’objet de la communication, mon envie.

Tout ceci a vraiment facilité la communication entre ma partenaire et moi. Ça reste encore parfois difficile parce que la peur peut se réveiller, un réflexe, une vieille habitude mais la première appréhension passée, une fois lancée dans l’échange j’apprécie beaucoup le fait que ça approfondit notre relation. C’est comme se baigner dans l’eau fraîche, je compte un, deux, trois et je plonge malgré la peur parce que je sais que ça va bien se passer par la suite. Ça fait tellement de bien après. Aussi bien pour la baignade que la communication.